À PROPOS
TGBU
« Les questions liées à la communauté noire sont des questions spatiales. »
Katherine McKittrick
Le sol sous nos pieds :
Cartographies noires
de Montréal
Il s'agit d'un projet interdisciplinaire de recherche et de développement explorant l'espace noir, le sentiment d'appartenance et l'autodétermination à Montréal. Soutenu par le Conseil des Arts du Canada, ce cycle de recherche vise à explorer et à développer de nouvelles approches artistiques et participatives à travers la photographie, l'image animée, le son, l'histoire orale, la recherche archivistique et la cartographie alternative, plutôt que de produire un ensemble d'œuvres prédéterminé ou définitif.
Géographie noire et cartographie noire
La géographie noire examine comment la race, l’histoire et le pouvoir façonnent les espaces que les individus occupent, leur liberté de circulation au sein de ces espaces, ainsi que leurs expériences d’appartenance et d’exclusion. Elle reconnaît surtout que les communautés noires sont des créatrices actives d’espace, façonnant au quotidien leurs propres géographies d’identité, d’expression culturelle, de mémoire collective et d’autodétermination.
La cartographie noire propose une approche complémentaire, qui explore la manière dont ces expériences et ces relations peuvent être cartographiées, représentées et mises à profit. Elle remet en question la neutralité apparente des cartes conventionnelles, qui privilégient souvent les frontières officielles, les institutions et les récits historiques dominants. Elle s'appuie au contraire sur les expériences vécues, les récits oraux, la mémoire et les savoirs communautaires pour révéler des géographies que la cartographie traditionnelle néglige. Ensemble, ces approches permettent de comprendre non seulement où se déroule la vie des Noirs, mais aussi comment les communautés noires produisent, négocient et transforment les espaces qu'elles habitent.
Dans le prolongement de mes travaux antérieurs sur Little Burgundy, ce projet aborde la présence noire à Montréal comme un archipel de territoires distincts mais interconnectés. Ces espaces ne se définissent pas simplement par une concentration démographique ou des frontières géographiques. Ils se construisent à travers la vie quotidienne : par la langue, la mémoire, les migrations, les pratiques culturelles, les relations sociales et les actes répétés d’occupation et d’appartenance.
Au cœur de cette recherche se trouve la question de savoir qui détient le pouvoir de définir l’espace. Les communautés noires peuvent créer des lieux d’intimité, d’identité, de protection et de mémoire collective tout en restant soumises à des décisions prises ailleurs, par le biais de l’urbanisme, du maintien de l’ordre, de la propriété foncière, du développement, de la politique linguistique et d’autres structures de gouvernance. Le projet aborde ces tensions à travers la notion de « souveraineté incomplète » : des espaces dans lesquels des formes d’autodétermination et de construction du monde propres aux communautés noires coexistent avec des systèmes de pouvoir externes.
La langue revêt une importance particulière à Montréal. Le français, l'anglais, le créole et d'autres langues peuvent servir de vecteurs de lien, d'héritage culturel et de transition, mais aussi de frontières qui déterminent la manière dont les individus évoluent au sein des institutions, des communautés et de la ville elle-même.
Cartographie de l'expérience des Noirs
Plutôt que de dresser une carte définitive du Montréal noir, cette recherche s’attache à déterminer quelles autres formes de cartographie deviennent possibles lorsque la cartographie part de l’expérience vécue. Des promenades animées par les participants, des photographies, des conversations, des enregistrements sur le terrain, des documents d’archives et des géographies personnelles seront explorés afin de comprendre comment l’espace noir se construit, se mémorise et se négocie, tout en s’interrogeant sur ceux qui produisent, interprètent et contrôlent les connaissances qui en découlent.
Cette ambition va au-delà de la simple mise en lumière de la présence des Noirs ou de la préservation de la mémoire historique. En explorant les relations, les pratiques culturelles, les réseaux de solidarité et les stratégies quotidiennes grâce auxquels les communautés noires évoluent dans la ville, le projet s'interroge sur la manière dont la cartographie pourrait mettre en lumière non seulement leurs conditions de vie, mais aussi les savoirs et les ressources qui leur permettent de survivre et de s'épanouir.
En ce sens, la cartographie devient bien plus qu’un simple moyen de représenter un territoire. Elle offre la possibilité de rendre visibles des formes de savoir collectif susceptibles de soutenir l’autonomie des communautés, de renforcer les liens et d’ouvrir la voie à des avenirs plus autonomes. Cette recherche cherche à déterminer si une carte peut servir non seulement à consigner l’expérience des Noirs, mais aussi à servir de ressource pour comprendre, négocier et, éventuellement, transformer les conditions de vie au sein de la ville.
La recherche fait donc office d’espace d’expérimentation. Différentes méthodes de création d’images, d’écoute, de cartographie et de collaboration seront testées afin de comprendre comment elles peuvent fonctionner individuellement et en interaction les unes avec les autres. L’objectif n’est pas de déterminer à l’avance la forme finale de l’œuvre, mais de laisser le processus de recherche, les personnes rencontrées et les particularités du lieu guider l’évolution du projet.
À travers cette démarche, *The Ground Beneath Us* ne considère pas Montréal comme une géographie noire unique, mais comme une constellation de mondes noirs, chacun façonné par des histoires différentes de migration, de langue, de mémoire et d’appartenance.
Cette recherche s'articule autour d'une question plus large : si les communautés noires créent des territoires d'appartenance et d'autodétermination au sein de la ville, où commencent et où finissent ces territoires, et qui détient en fin de compte le pouvoir de les gouverner ?
Recherche et développement en cours. Avec le soutien du Conseil des Arts du Canada.
Découvrez le
Projet
Chacun d'entre nous
Des portraits photographiques et des récits personnels qui explorent la complexité et l'individualité des vies noires à Montréal.
Cartographie du Montréal noir
Une carte participative rassemblant des lieux, des souvenirs et des expériences qui révèlent comment l'espace noir est vécu et appréhendé.
Les langues du Montréal noir
Découvrez comment la langue façonne l'identité, le sentiment d'appartenance et la vie quotidienne au sein des diverses communautés noires de Montréal.